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 L'atelier de forge de maître Uri

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MessageSujet: L'atelier de forge de maître Uri   Sam 2 Avr 2005 - 16:37

L'atelier de forge de maître Uri

Attiré par le bruit de martèlements répétés, je risquais un œil par l'entrebâillement d'un des ventaux fermant un atelier de forge. Une vague de chaleur venant du foyer me submergea. Une fois mes yeux habitués à la pénombre, je pouvais distinguer trois nains portant de longs tabliers et des gants de cuir pour se protéger des étincelles jaillissantes.

Mon regard se portait immédiatement sur le coupable de tant de vacarme, le maître de forge. Il frappait au marteau sur un billot métallique, appelé enclume, fixé sur un socle de bois enchâssé dans le sol (voir figure 1). Il travaillait à blanc une barre de métal chauffée que tour à tour, il étirait et aplanissait sur la surface plane de l'enclume, appelée table, ou courbait et arrondissait sur les surfaces conique de l'enclume, nommées bigornes. Près de l'enclume était disposé un baquet d'eau pour la trempe.

Ensuite, mon regard se tourna vers les mouvements de va-et-vient du valet de forge. Lorsque la couleur de la barre de métal virait au rouge cerise (900°C), il devait la chauffer à nouveau à blanc (1300°C). Pour cela, il la prenait avec des tenailles, puis la mettait au four, qui était constitué d'une calotte de terre réfractaire au-dessus d'une console où le charbon de bois brûlait (voir figure 2). Enfin, le valet de forge pouvait apprécier dans la pénombre de l'atelier la couleur du métal et par là même sa température. Quand la couleur désirée était obtenue, il présentait de nouveau la barre au maître.

Parfois mon regard s'arrêtait sur un apprenti nain, en pleine adolescence, qui activait constamment à la main les soufflets latéraux du four (voir figure 3) afin de maintenir l'activité du foyer.

Le plus difficile était de distinguer dans la pénombre le ratelier où était rangée une série de marteaux et de tenailles en tous genres.

Je compris vite que les artisans fabriquaient un couteau !

Dès lors, je m'attachais à suivre les détails de sa confection. Et là, je poussais malencontreusement la porte au seul moment où le silence se faisait ! Les trois artisans nains s'interrompirent. Au lieu d'être offusqué, le maître de forge m'invita plutôt à entrer pour suivre son travail. Il s'appelait Uri [1].

Il m'expliquait que la veille de l'ouverture de l'atelier, il avait acheté nombre de lingots de fer pur et qu'aujourd'hui, il se mettait à l'ouvrage.

Tôt dans la matinée, il avait étiré à froid les lingots de fer pur sur l'enclume par martelage de façon à former une barre de fer pur (écrouissage).

Puis le valet de forge avait chauffé pendant cinq ou six heures une partie des barres dans le foyer au sein du charbon de bois en combustion tandis que l'apprenti maniait inlassablement les soufflets. A terme, le cément, carbone contenu dans le charbon de bois, diffusait dans la masse du lingot (cémentation à cœur) ce qui permit d'obtenir des barres d'acier, dites cémentites.

Maintenant que les barres d'acier étaient prêtes, le maître de forge préparait de manière adéquate les surfaces à travailler à l'aide d'un fondant désoxydant comme les cendres qui éliminaient tout risque d'oxydation nocive des surfaces durant le soudage. Alors, le maître réalisa à blanc soudant - les forgerons déterminaient la température d'un métal à sa couleur - une structure composite comprenant une superposition alternant 4 barres d'acier et 3 bandes de fer pur appelée lopin (voir figure 4).
Puis, afin d'obtenir une bande feuilletée dont la section présentait une superposition de fer et d'acier, le lopin était martelé (voir figure 5), tranché (voir figure 6), puis plié sur lui-même en "accordéon" à plusieurs reprises (voir figure 7), aplani sur l'enclume au marteau et amené à l'épaisseur de l'ébauche de la lame (voir figure 8). La bande feuilletée formait la partie centrale, ou l'âme, de la lame. Les tranchants étaient alors soudés à chaud en chevron pour augmenter la surface de soudure et par là, la dureté (tout ceci constitue le damassage par assemblage).

A ce stade, le maître incrusta au marteau, dans des motifs qu'il avait préalablement incisés, des filets décoratifs d'or et d'argent (damasquinage).

Alors seulement, le maître apposa sa signature de fabricant sur la lame (voir figure 9) à l'aide d'un poinçon.

Ensuite, la lame fut trempée dans un baquet d'eau disposé à cet effet pour la refroidir rapidement et obtenir une structure stable à chaud - métastabilité - et, à température ambiante, un acier dur mais cassant, la martensite (trempage).

Enfin, la lame trempée fut réchauffée afin de durcir superficiellement un tranchant, mais à une température inférieure à celle de transformation, puis refroidie lentement à température ambiante (revenu), en vue de détruire l'état de faux équilibre dû à la trempe (voir figure 10).

Il ne restait plus qu'à meuler la lame sur de grandes meules de pierres, à la polir sur un établi et réaliser la poignée (fourbissage).

Le maître rangea le couteau dans un fourreau en cuir bouilli acheté chez un fourrelier (voir figure 11).

Mais je ne pouvais acheter pareille arme. Trop chère pour la plupart, elle était destinée à satisfaire les commandes en armes venues de l'étranger. A défaut de pouvoir l'acquérir, je gardais un souvenir émerveillé de la fabrication d'un tel ouvrage.
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[1] Nom de nain qui signifie mot à mot en norrois « celui-qui-fait-voler-les-étincelles », c'est-à-dire « forgeron » (GOULD Ch. N., "Dwarf-Names : a Study in Old Icelandic Religion", PMLA, vol. XLIV, n°4, décembre 1929, p. 954 ; LECOUTEUX Cl., Les nains et les elfes au Moyen Âge, Paris, 1997, p. 105 et p. 119, notes 29 à 33).
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Bibliographie

- AGRICOLA Georgius (traduit de l'édition originale latine de 1556 par Albert France-Lanord), De Re Metallica, éditeur Gérard-Klopps, Paris, 1992.
- ARNOUX M., Mineurs, férons, et maîtres de forges : études sur la production du fer dans la Normandie du Moyen Age, XIe-XVe siècles, CTHS, Paris, 1993.
- FINO J. F., « Notes sur la production du fer et la fabrication des armes en France au Moyen Age », Gladius, 1963-1964, p. 47-66.
- FOSSIER R., Le Travail au Moyen Age, "La vie quotidienne", Hachette Littératures, Paris, 2000, p. 229.
- FRANCE-LANORD A., « La fabrication des épées mérovingiennes et carolingiennes », Revue de Métallurgie, 49, 1952, p. 411-422.
- MANGIN M. et alii, Forgerons et paysans des campagnes d'Alésia (Haut-Auxois, Côte d'Or) : la terre, le fer, la route en pays mondubien (Ier s. av. -VIIIe s. ap. J.-C.), CNRS, Paris, 2000, p. 385-386.
- MANGIN M., Le fer, "Archéologiques", Errances, Paris, 2004.
- ZSCHOKKE B., « Du damassé et des lames de Damas », Revue de Métallurgie, 21, 1924, p. 635-669.
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Crédit photographique

- Pour la forge : http://www.projects.yrdsb.edu.on.ca/pioneer/forgeron.htm
- Pour le forgeage : http://www.reverdy.com/frame.htm
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